Communiqué de presse
8 février 2018

Les professionnel-le-s de la santé s’engagent en faveur de l’initiative pour le remboursement des soins dentaires


L’initiative pour le remboursement des soins dentaires reçoit le soutien de nombreuses personnalités, associations et institutions du domaine de la santé. Depuis sa publication il y a moins d’un mois, l’« appel de soutien des professionne-le-s de la santé » a vu son nombre de signataires tripler et reçoit chaque jour de nouvelles signatures cumulant aujourd’hui plus de 130 médecins et 110 autres professionnel-le-s engagé-e-s dans le domaine de la santé. Ces personnes sont de toutes les professions et engagements. Aujourd’hui, cinq d’entre elles s’expriment pour motiver leur soutien aux mesures proposées par l’initiative soumise au vote le 4 mars 2018.

Renoncements aux soins
Selon différentes études, 10 à 15% de la population renoncent durant une année à des soins pour des raisons financières. Dans trois quarts des cas, cela concerne des soins dentaires. A Genève, 11,6% ont renoncé à des soins dentaires en 2012 . « Le renoncement aux soins est un phénomène complexe dans lequel les contraintes financières ont une influence majeure, rappelle Thomas Bischoff, généraliste et ancien Directeur de l’Institut Universitaire de Médecine de famille. Il y a des différences importantes selon la situation socio-économique. » A ce titre, la comparaison entre différents pays suggère que le mode de financement joue un rôle significatif dans l’équité d’accès aux soins dentaires.

Santé bucco-dentaire et santé générale
Pourtant, la santé bucco-dentaire est essentielle pour la santé générale et la qualité de la vie. Les maladies et les troubles bucco-dentaires limitent la capacité de mordre, mâcher, sourire, parler et affectent ainsi le bien-être psychosocial. Plus encore, les problèmes bucco-dentaires renforcent les risques de maladie : « La liste est longue s’agissant des maladies infectieuses, métaboliques, cardiologiques ou encore respiratoires qui sont fortement influencées par des pathologies dentaires, rappelle Jean-Pierre Randin, endocrinologue et diabétologue. Voilà pourquoi le médecin que je suis plaide en faveur de l’initiative, afin que l’on donne la possibilité à tous les patients de bénéficier de traitements adéquats et indispensables à la santé, souscrivant aux principes fondamentaux hippocratiques. » A l’inverse, des pathologies comme le diabète ou le cancer, ainsi que des facteurs liés à l’âge, la génétique ou encore des situations de handicap augmentent considérablement les risques de problèmes dentaires. Nous ne sommes donc pas égaux face à notre état de santé bucco-dentaire. Si importante soit-elle, la responsabilité individuelle ne suffit pas, en témoignent les nombreuses personnes dont l’hygiène parfaite n’empêche pas la survenue de caries, de parodontoses, voire de problèmes plus graves.

Les enfants seront les premiers bénéficiaires
Si les études démontrent une nette réduction du taux de caries au cours des dernières années, celles-ci n’ont de loin pas disparu et sont plus fréquentes dans la population socio-économiquement défavorisée. « Ces problèmes dentaires peuvent entraîner chez les enfants des répercussions graves en termes de santé générale, avec des retards de croissance, des infections, un retard pour l’élocution, ainsi que des conséquences psychologiques, explique Claude Bertoncini, pédiatre et président du Groupement des Pédiatres Vaudois. La prévention devrait donc débuter dès la première année de vie. Une assurance qui couvrirait ces examens ainsi que les soins permettrait de réduire les problèmes bucco-dentaires et les conséquences qui en découlent pour cette population vulnérable. De plus, l’harmonisation et le renforcement de la prévention proposés par l’initiative permettraient de corriger les très fortes inégalités régionales actuelles. »

Professionnel-le-s sur le terrain
Mais les besoins de santé bucco-dentaire touchent toutes les classes d’âge et les difficultés à y faire face pour des raisons financières frappent de très larges couches de la population. « Par mon expérience professionnelle, je suis régulièrement confronté aux conséquences néfastes qu’engendrent une mauvaise santé bucco-dentaire, expose Emilien Chabloz, infirmier HES et spécialiste des questions de politique de la santé. Il est de plus en plus fréquent de rencontrer des patients plus ou moins âgés, d’horizons culturels et sociaux variés, présentant une santé bucco-dentaire diminuée. » Nombreux sont les infirmiers-ères confronté-e-s à ces situations. Ils rencontrent fréquemment des patients dont les pathologies sont liées à des problèmes dentaires et inversément. Trop souvent, ils ne peuvent apporter de solutions, les soins dentaires adéquats s’avérant trop chers pour la personne. « Il m’arrive fréquemment de ramasser des plateaux repas presque pas entamés et de questionner les patients. Ils manifestent alors leurs douleurs aux dents, relate Emilien Chabloz. La perte de poids se trouve donc majorée et le potentiel de récupération et de guérison en est réduit d’autant. S’installe alors un cercle vicieux qui contribue à prolonger le temps d’hospitalisation de ces patients. »

Personnes souffrant de fragilités psychiques
Enfin, les personnes souffrant de fragilités psychiques sont aussi parmi les premières à souffrir des carences du système actuel. Qu’elles souffrent de schizophrénie, de dépression, d’addictions ou encore de troubles de la personnalité, ces personnes présentent souvent des difficultés dans la gestion de leur quotidien, notamment de leur hygiène en général. « Comme ces patients en fragilité psychique se trouvent aussi souvent en précarité sociale et financière, l’accès aux soins de prévention primaire et secondaire devient encore plus difficile, développe Katia De la Baume, infirmière et directrice d’un établissement psycho-social médicalisé. Ces personnes attendent souvent malgré elles que la douleur soit devenue intolérable pour se présenter chez le médecin, voire aux urgences hospitalières ou dentaires. L’état de santé nécessite alors des soins importants et coûteux, pour le patient comme pour la collectivité. » Pour les personnes sans aide sociale, situées au bas de la classe moyenne et souffrant de fragilité psychique, ces soins dentaires sont exclus du quotidien et du budget trop serré. « Il en résulte souvent une santé bucco-dentaire dégradée, nécessitant des soins longs et coûteux, atteignant la santé générale et se trouvant in fine à la charge de l’assurance maladie obligatoire », rappelle Katia De la Baume.
Vers un OUI le 4 mars

Ce tour d’horizon montre bien que l’absence de prise en charge de la santé bucco-dentaire frappe de plein fouet des personnes de tout âge et de toute catégorie sociale. L’assurance publique universelle proposée par l’initiative soumise au vote du 4 mars permettra de répondre à ces problèmes sanitaires de la population vaudoise. De plus, le renforcement de la prévention et du dépistage scolaire, ainsi que la mise sur pied d’un réseau de policliniques dentaires régionales garantiront l’égalité d’accès aux soins entre les régions du canton.